CONTRECHAMPS - Parcours Heinz Holliger

Il y a 2 mois

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La Bâtie - Festival de Genève

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Les talents multiples du chef, compositeur et hautboïste Heinz Holliger se mêleront à la voix cristalline de l’incroyable Juliane Banse dans un programme qui traverse les XIXe et XXe siècles de virtuosités en magnificences. Quant à l’artiste Matthieu Baumann, il embrasera le Victoria Hall de feux ardents et féériques ! Heinz Holliger (né en 1939)Puneigä pour soprano et ensemble (2002) « Ces derniers temps, ce sont de plus en plus des langages presque éteints, archaïques, très peu parlés, qui me fascinent. […] On pourrait comparer cette démarche […] à celle de Janácek qui, pendant ses promenades, notait dans son carnet la musique des bruits de gouttes d’eau, d’arbres, de feuilles, du vent. C’est ce sentiment de découverte sonore, que je veux aussi transmettre à d’autres, aux plus jeunes. Adopter l’attitude d’un enfant qui apprend tout, à l’oreille. »  « Puneigä, c’est le nom d’un lieu à l’aura un peu mystique de la vallée du Pumatt : un tout petit étang qui, au printemps, lorsque le soleil s’y reflète, apparaît comme un oeil très bleu. Un peu plus tard dans la journée, quand le soleil a passé, on ne voit plus que la roche. […] le mot lui-même n’apparaît pas dans le texte chanté : je l’ai choisi parmi tous les poèmes pour son allure un peu magique, incantatoire. » L’oeuvre met en musique des poèmes d’Anna Maria Bacher en un dialecte suisse alémanique parlé par le peuple des Walser. « C’est un allemand archaïque, comme médiéval, uniquement parlé, qui a été ainsi préservé trois siècles durant. Même pour un germanophone, c’est une langue aux sonorités presque exotiques à la première écoute. » Bruno Maderna (1920-1973)1er concerto pour hautbois et ensemble (1962-1963) Les concertos pour soliste proposent souvent une représentation optimiste de la relation entre un individu hors du commun (le soliste) et l’ensemble de ses congénères (l’orchestre) : le soliste, même s’il se démarque du collectif, fait néanmoins corps avec l’orchestre, interagit avec lui, est parfois soutenu par lui et le soutient d’autres fois, leurs paroles ne formant qu’un seul discours.  Ce qui se dessine dans le 1er concerto pour hautbois et ensemble (1962-1963) de Bruno Maderna est d’une toute autre nature. Tout d’abord, il n’est pas évident dès le commencement que l’ensemble forme un collectif : dans l’introduction, des motifs passent d’un instrument à un autre sans que les sonorités ne se mélangent. Lorsque cela se produit finalement, le soliste est muet. Certes, quelques espoirs de la relation rêvée entre l’individu et le collectif sont encore présents : une fois, le hautbois – par un trait qui rappelle la fin des cadences virtuoses des concertos d’antan, conclues par un trille – lance, par son énergie, l’ensemble dans sa partie la plus exubérante. Mais la plupart du temps, le soliste est seul, discourant sans réponse véritable sur de simples murmures ou déployant sa chaleur sur de froides nappes immobiles. Jamais la symbiose n’aura véritablement lieu. Sans qu’elle ne soit une souffrance ou une exclusion, sans qu’elle soit tout à fait évidente et inévitable, ce qui se dessine ici à l’horizon, c’est l’idée de la solitude, de la véritable démarcation d’un individu qui peine à se fondre dans le collectif. Gustav Friedrichson (né en 1976)LIght Without SourCe pour soprano et ensemble (2018) - Création Au coeur de l’oeuvre créée aujourd’hui se trouve une réflexion sur le visible et sur l’invisible, sur les images qui s’impriment sur la rétine et sur celles qui naissent de l’obscurité, sur ce qui se dévoile à la vue et sur ce qui, invisible, transparait néanmoins. L’œuvre met en musique des traductions de textes de la poétesse japonaise de la fin du Xème et du début du XIème siècle, Izumi Shikibu.  Poétesse de l’amour aux aspirations bouddhistes, Izumi Shikibu oscille entre le sensible et l’émotionnel, entre les souvenirs et la perception pure. Ce qui est invisible mais se révèle néanmoins, ce sont d’abord les sentiments. Mais ce qui interroge le compositeur c’est ce qui nait de l’expérience de l’obscurité : le tâtonnement remplace la vue, l’espace se recroqueville à une longueur de bras, et d’une certaine façon, la vue devient palpable. Mais il y a plus encore : « laisse la lune briller faiblement sur le bord des montagnes » demande la poétesse. « La question est de savoir à qui elle le dit. » s’interroge le compositeur avant de poursuivre : « Mon sentiment est qu’elle se le dit à elle-même. L’obscurité, le chemin, le clair de lune, la crête de la montagne - tout cela est en soi. Dès cet instant, nous le voyons aussi. »  « Étudier la voie, c’est s’étudier soi-même. S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même. S’oublier soi-même, c’est être illuminé par toutes les choses. » dira plus tard Dogen, grand maître du bouddhisme japonais du XIIIème siècle.

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Les talents multiples du chef, compositeur et hautboïste Heinz Holliger se mêleront à la voix cristalline de l’incroyable Juliane Banse dans un programme qui traverse les XIXe et XXe siècles de virtuosités en magnificences. Quant à l’artiste Matthieu Baumann, il embrasera le Victoria Hall de feux ardents et féériques !

Heinz Holliger (né en 1939)Puneigä pour soprano et ensemble (2002)

« Ces derniers temps, ce sont de plus en plus des langages presque éteints, archaïques, très peu parlés, qui me fascinent. […] On pourrait comparer cette démarche […] à celle de Janácek qui, pendant ses promenades, notait dans son carnet la musique des bruits de gouttes d’eau, d’arbres, de feuilles, du vent. C’est ce sentiment de découverte sonore, que je veux aussi transmettre à d’autres, aux plus jeunes. Adopter l’attitude d’un enfant qui apprend tout, à l’oreille. » 

« Puneigä, c’est le nom d’un lieu à l’aura un peu mystique de la vallée du Pumatt : un tout petit étang qui, au printemps, lorsque le soleil s’y reflète, apparaît comme un oeil très bleu. Un peu plus tard dans la journée, quand le soleil a passé, on ne voit plus que la roche. […] le mot lui-même n’apparaît pas dans le texte chanté : je l’ai choisi parmi tous les poèmes pour son allure un peu magique, incantatoire. »

L’oeuvre met en musique des poèmes d’Anna Maria Bacher en un dialecte suisse alémanique parlé par le peuple des Walser. « C’est un allemand archaïque, comme médiéval, uniquement parlé, qui a été ainsi préservé trois siècles durant. Même pour un germanophone, c’est une langue aux sonorités presque exotiques à la première écoute. »

Bruno Maderna (1920-1973)1er concerto pour hautbois et ensemble (1962-1963)

Les concertos pour soliste proposent souvent une représentation optimiste de la relation entre un individu hors du commun (le soliste) et l’ensemble de ses congénères (l’orchestre) : le soliste, même s’il se démarque du collectif, fait néanmoins corps avec l’orchestre, interagit avec lui, est parfois soutenu par lui et le soutient d’autres fois, leurs paroles ne formant qu’un seul discours. 

Ce qui se dessine dans le 1er concerto pour hautbois et ensemble (1962-1963) de Bruno Maderna est d’une toute autre nature. Tout d’abord, il n’est pas évident dès le commencement que l’ensemble forme un collectif : dans l’introduction, des motifs passent d’un instrument à un autre sans que les sonorités ne se mélangent. Lorsque cela se produit finalement, le soliste est muet. Certes, quelques espoirs de la relation rêvée entre l’individu et le collectif sont encore présents : une fois, le hautbois – par un trait qui rappelle la fin des cadences virtuoses des concertos d’antan, conclues par un trille – lance, par son énergie, l’ensemble dans sa partie la plus exubérante. Mais la plupart du temps, le soliste est seul, discourant sans réponse véritable sur de simples murmures ou déployant sa chaleur sur de froides nappes immobiles. Jamais la symbiose n’aura véritablement lieu. Sans qu’elle ne soit une souffrance ou une exclusion, sans qu’elle soit tout à fait évidente et inévitable, ce qui se dessine ici à l’horizon, c’est l’idée de la solitude, de la véritable démarcation d’un individu qui peine à se fondre dans le collectif.

Gustav Friedrichson (né en 1976)LIght Without SourCe pour soprano et ensemble (2018) - Création

Au coeur de l’oeuvre créée aujourd’hui se trouve une réflexion sur le visible et sur l’invisible, sur les images qui s’impriment sur la rétine et sur celles qui naissent de l’obscurité, sur ce qui se dévoile à la vue et sur ce qui, invisible, transparait néanmoins. L’œuvre met en musique des traductions de textes de la poétesse japonaise de la fin du Xème et du début du XIème siècle, Izumi Shikibu. 

Poétesse de l’amour aux aspirations bouddhistes, Izumi Shikibu oscille entre le sensible et l’émotionnel, entre les souvenirs et la perception pure. Ce qui est invisible mais se révèle néanmoins, ce sont d’abord les sentiments. Mais ce qui interroge le compositeur c’est ce qui nait de l’expérience de l’obscurité : le tâtonnement remplace la vue, l’espace se recroqueville à une longueur de bras, et d’une certaine façon, la vue devient palpable. Mais il y a plus encore : « laisse la lune briller faiblement sur le bord des montagnes » demande la poétesse. « La question est de savoir à qui elle le dit. » s’interroge le compositeur avant de poursuivre : « Mon sentiment est qu’elle se le dit à elle-même. L’obscurité, le chemin, le clair de lune, la crête de la montagne - tout cela est en soi. Dès cet instant, nous le voyons aussi. » 

« Étudier la voie, c’est s’étudier soi-même. S’étudier soi-même, c’est s’oublier soi-même. S’oublier soi-même, c’est être illuminé par toutes les choses. » dira plus tard Dogen, grand maître du bouddhisme japonais du XIIIème siècle.